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Je veux éditer celles et ceux qui ne condamnent pas le KHAAAAmas, la France de l’odeur et du bruit de Chirac, la France de l’entrisme des Frères musulmans. Vous voulez soutenir la littérature des métèques, des voyous , des racailles dont ils veulent se débarrasser, des barbares, des sauvages ? Alors donnez nous la moula !
Nous venons de la marge, celle que l’industrie du livre s’efforce de censurer, de polir jusqu’à effacer la vérité. Mais la vérité c’est que nous ne sommes pas une marge, nous sommes plus nombreux·ses qu’on ne nous laisse croire sur BFMTV. Nous ne sommes pas une minorité. Et ils ont peur de nous. Nous venons des terres et des corps que le colonialisme a dépossédés, des histoires qu’on n’a jamais voulu publier, des langues qu’on a toujours voulu corriger. Nous sommes les descendant·es de celles et ceux que vous n’avez pas tué·es. Nous sommes les peuples de la majorité mondiale. Nous, nous n’avons plus peur. Nous avons compris que la liberté d’écrire ne nous serait jamais donnée, il fallait la prendre. Et dans cette maison d'édition nous allons exister, avec nos langues, nos accents et nos non-traductions. Le français nous appartient et vous allez voir ! On est là pour grand remplacer !
On a intériorisé que le regard eurocentré était supérieur et c’est à nous aussi de mener ce combat. On a appris à essayer de plaire au lectorat européen, c'était ça le piège : soit lui plaire soit rester invisible. Aujourd’hui, on prétend que les métèques ont une place. Iels sont visibles, parfois même « tendances » à condition de tenir le bon récit. À condition de renier leurs familles, leurs origines, leurs langues. À condition d’écrire la libération comme une fuite vers la France, et surtout de ne jamais remettre en cause ses valeurs, ses frontières, son récit national. Seulement tant qu’ils ne deviennent pas radicaux. Seulement tant qu’ils ne dérangent pas. Dès que les mots sortent du cadre républicain, dès qu’ils nomment la violence, la colère, la trahison, ca pique ! Ça brûle !
Je crée cette maison d’édition pour celles et ceux qu’on appelle « trop », trop en colère, trop politiques, trop bruts, ou « pas assez » pas assez intégré·es, pas assez universel·les, pas assez consensuel·les. Pour celleux de nôtres qui n’ont pas encore vendu leurs âmes à l’esthétique de la libération et pour celleux qui en ont l’air, mais qui en réalité sont muselé·es par des financements douteux. Pour celleux qui font du bruit et qui parlent fort dans l’espace public, pour celleux qui parlent fort au téléphone dans les transports en commun, pour celleux qui ont eu le dos courbé pour construire un pays qui leur crache dessus à longueur de journée. Pour celleux que Pascal Praud n’aimerait peut-être jamais (c’est un jaloux).
J’ai compris, en entrant dans le monde de l’édition, que la liberté d’écrire était une illusion. Que ce secteur, comme tous les autres, appartiennent aux mêmes patrons, aux mêmes fortunes, aux mêmes corps. Que les récits qui dérangent sont effacés, corrigés, reformulés pour convenir à la blancheur, à la bienséance, à la France. Moi, je n’ai pas envie de convenir. Le monde de l’édition est l’un des derniers bastions du pouvoir bourgeois, blanc et patriarcal. Notre indépendance est totale. Financière, politique et poétique. Nous serons financé·es par nos communautés, nos précommandes, nos allié·es. Aucune main ne censurera nos pages. Aucune ligne éditoriale ne sera dictée par la peur de déplaire.
Nous croyons que l’écriture peut être un acte de guérison et de résistance. Qu’un texte peut renverser un empire. Qu’un poème peut devenir une arme. Nous croyons aussi qu’il faut armer le peuple de plus que des mots. Pour nous, la désobéissance civile est un devoir moral. Seule une révolte peut sauver le monde, alors on édite les livres qui poussent au soulèvement.
Et en fait, c'est peut-être une bonne chose qu’on ne veuille pas de nous. A quoi bon vouloir s'intégrer à ce monde dégueulasse ? Notre marginalisation est la possibilité même de sauver nos âmes. Je ne veux pas faire partie de leur monde, je veux en construire un autre. Et il commencera par un livre (ou trois, on verra...).
Kmar Douagi